DAFORT

Cette nouvelle page est ouverte pour que l'on puisse parler des cultures, des traditions,
de la religion, de la famille, en fait, de tout ce qui ne pouvait pas trouver place dans les pages du site !
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Mise à jour :  13 Novembre 2013 à 19h39


                                      Un bref aperçu sur la question foncière en pays soninke ;

                                                        le cas du guidimagha mauritanien

Les villages soninke sont plus vieux que la Mauriatnie actuelle et ses lois fondamentales en vigueur.

Ils s'étaient constitués sur ses terres à travers des batailles entre différents clans et contre d'autres peuples (Les maures et d'autres) selon les endroits.

Pendant la période coloniale, l'administration coloniale reconnaissait tacitement les influences et l'occupation de chaque clan sur des périmètres plus ou moins définis. Ces clans liés par des liens ancestraux devenus propriétaires terriens possédaient des esclaves qui participèrent grandement aux conquêtes et aux travaux de débroussaillement.

Un système féodal quasi princier fut mis en place pour régir l'organisation de la cité soninke.

Politiquement, cette cité soninke est dirigée par les familles féodales par héritage selon les bonnes convenances fixées dans l'histoire du plus vieux d'entre eux.

  • L'exercice du système féodal sur les terres ; exemple type d'une famille féodale

Une famille féodale possède généralement ses parcelles de terres fertiles issues du partage des terres entre membres du clan propriétaire du site villageois. Elle faisait fructifier ces terres avec la main d'œuvre exploitable à merci composée essentiellement des esclaves ( personnes volées, achetées ou exploitées par misère sociale). Ces esclaves avaient droit à un misérable traitement consistant à quelques parties des parcelles qu'ils essayaient de mettre en valeur pour leurs familles pendant leurs disponibilités limitées pour eux-mêmes, c'est-à-dire les fins de journées ouvrables ou un jour spécifié (vendredi par exemple).

Les principaux revenus de la famille féodale venaient des cultures et elle s'enrichissait par ce biais tout en entretenant son statut dans le clan. Elle se croyait dans son droit d'exploiter des personnes considérées ( Esclaves) se basant à tort sur une certaine interprétation des préceptes juridiques islamiques par un autre groupe pilier du système féodal ( les marabouts religieux « MODINI »).

Un semblantpacte entre ces marabouts religieux « MODINI » et les clans féodaux constituait le socle du système.

Les esclaves n'avaient pas droit à des parcelles par possession issues du partage des terres fertiles.

Ce joug par le chantage des terres consistant à les rendre dépendant de leurs maitres avait fonctionné longtemps et continue dans certain sens.

A voir de près , le système a presque pris fin sur son ancien modèle et de même que l'exploitation esclavagiste. Il a surtout perdu son sens primaire dans l'optique où les anciennes possessions (personnes esclaves) pourraient être des potentiels propriétaires terriens dans un nouveau cadre organisationnel (Commune, Département, Région et État).

  • Quelques dispositions légales du code foncier mauritanien en vigueur

Chapitre IV- l'individualisation des droits fonciers collectifs

Article 36- les propriétés terriennes agricoles acquises, antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi 60.139 du 2 Août 1960 portant organisation domaniale et exploitées en commun par des collectivités traditionnelles, sont, si l'ordre social l'exige, réparties entre tous les membres de ces collectivités qui ont participé à la mise en valeur initiale desdites propriétés

ou contribue à la pérennité de leur exploitation.

Article 37- Bénéficient du partage des collectives dans les conditions fixées par l'article 36 ci-dessus, les personnes qui, sans avoir été recensées administrativement dans la collectivité concernée, y ont vécu de façon permanente et ont, à ce titre participé à la mise en valeur des dites terres.

Article 38- Les personnes qui, de leur propre initiative ou avec l'accord de leur collectivité, ont entrepris la construction ou la réfection d'un ouvrage de retenue d'eau ou procédé à tou aménagement de nature à améliorer la rentabilité d'une terre collective dont elles bénéficiaient avant le partage, ne peuvent avoir à l'occasion de ce dernier, aucun avantage supplémentaire par rapport à tous les autres bénéficiaires.

Article 41- Qu'elle résulte d'accord amiable constaté par l'autorité compétente ou de décision prise par cette dernière, la redistribution des terres collectives sera effectuée, sans discrimination d'aucune sorte, de manière équitable et de façon à sauvegarder les intérêts des personnes bénéficiant des dispositions des articles 36, 37 et 38 du présent décret.

SOURCE: Décret n° 2000-089 du 17 juillet 2000 et publié le 15-10-2000 au JO de la RIM

Ces différents articles en vigueur par le nouveau cadre nous enseigne, et nous verront leur exercice concret très relatif sur les réalités soninké.

Dans le milieu soninke, ces articles qui régissent le domaine foncier mauritanien s'applique plus ou moins. Les terres prises par un citoyen lambda pour en faire une maison ne pose pas de problème généralement mais celles occupées pour des cultures sont revendiquées par les anciens propriétaires sous le modèle coutumier dans bien des cas.

Concernant le domaine irrigable partagé en parcelles entre les clans d'anciens féodaux, nous n'assistons pas à une redistribution entre différents membres villageois qui participèrent tous grandement au débroussaillage des terrains.

En effet le maintien sur certaines parcelles des descendants d'anciens esclaves est sujet au bon vouloir capricieux des certaines familles d'anciens féodaux qui en font d'objet des chantages dans certains cas.

Ce joug psychologique par les terres fonctionne par la menace de retirer leurs possessions confiées aux personnes qui oseraient défier l'ancien ordre coutumier dans les affaires sociales et politiques du milieu villageois.

Le système admet qu'un descendant d'ancien esclave ne puisse pas hériterdéfinitivement les parcelles que son ascendant avait depuis plusieurs années et parfois par un moindre différend sur quelques sujets particuliers, pourrait résulter d'un retrait sans ménagement d'une terre cultivable. Pour un descendant d'anciens esclaves, l'héritage de droit incessible d'une terre lui est contesté et contestable par ce système qui le considérait lui même comme une possession matrilinéaire de son maitre par héritage dans le passé.

Après ce résumé sans doute non exhaustif des mécanismes qui régissent plus ou moins le foncier chez les soninké, nous proposons une approche basée sur la solidarité, la justice, et la fraternité par ces différents points applicables à notre sens :

1- Reconnaître le droit de propriété pour les descendants d'anciens esclaves sur les terres occupées dans le passé, ce qui constitue une légitime réparation de l'exploitation subie injustement dans le passé.

2- Une sincère solidarité basée sur l'humanisme et la foi musulmane entre nos familles dans un respect mutuel.

3- Aborder la question foncière avec courage en identifiant les différentes problématiques par une approche désintéressée.

4- Aviser nos sages de la sphère soninkaxu sur la nouvelle donne qui devrait soigner nos rapports.

5- Éviter dans la mesure du possible de s'entredéchirer devant les autorités départementales, régionales et voire mêmes étatiques.

6- Assister, aider, et considérer l'autre comme coreligionnaire et concitoyen en droits et devoirs réciproques avant de le fixer dans un statut coutumier obsolète qui atteint sa dignité humaine.

Koundou Soumare

Membre de l'Armepes


                     

                                          LA FIERTE SONINKAAXU EN QUESTIONS

Connu pour être le peuple qui dirigea l'empire du Ghana (wagadu) entre 5ème et 11ème siècle, les soninkos se trouvent principalement dans 4 pays Ouest-africains (La Mauritanie, Le Mali, Le Sénégal et La Gambie).

En dehors de ces pays d'origine, des fortes diasporas sont présentes dans plusieurs pays (En Europe, En Amérique et En Afrique centrale). Islamisés depuis plusieurs siècles, les soninkos s'accrochent à leurs coutumes et traditions ancestrales qui régissent leur vivre-ensemble. Par ce fait, dans l'imaginaire collectif soninké, on peut constater une fierté quasi hautaine par la qualité d'être soninke.

Notre modeste travail de réflexion consistera de disséquer cette fierté SONINKAAXU dans son aspect culturel, social-politique et religieux.

Nous tenterons d'apporter un éclairage réfléchi sur certains termes (promouvoir la culture, le mariage, la solidarité et la fraternité) et leurs réalités concrètes dans la société soninké.

A la naissance d'un bébé soninké, nos félicitations et nos salutations vont aux parents avec passion et dévouement. Au jour du baptême du bébé, notre invocation-prière la plus répandue à l'endroit du nouveau né et ses parents est la suivante : Qu'ALLAH le rende meilleur que ses parents dans le bien évidemment.. !!! Dans l'imaginaire collectif soninké, cette prière porte l'espérance que le nouveau né soit fraternel, respectueux, solidaire et en tout un bon soninké épousant son milieu passivement selon les règles, les us et les conditions en place. Cette logique de vouloir conditionner l'être humain dès son bas âge constitue les premiers jalons du système des castes. Quiconque comprend le système des castes, aura compris une grande partie de ladite fierté SONINKAAXU.

Ce système se base sur une hiérarchisation bien entretenue des différents groupes qui composent les soninkos. Cette hiérarchisation sociale est perçue différemment selon le groupe auquel l'individu appartient. En effet l'individu peut la subir ou la faire subir aux autres. Dans ce cadre spécial se forment des groupes spécifiques où l'individu quelque soit ses capacités physiques et intellectuelles innées est soumis à un déterminisme par naissance selon les bonnes convenances SONINKAAXU.

Qui sont ces différents groupes qui forment ce système quasi divinisé par la fierté SONINKAAXU. ???

Nous distinguons 4 castes distinctes et nous verrons brièvement le détail de chacune d'elles et leurs places dans cette stratification sociale.

  • LES HORO ( les nobles féodaux selon les lieux)

Le système est conçu généralement par eux et fonctionne pour eux dans leur promotion de presque droit divin. Dans ce groupe, l'individu est né HORé et il s'arroge selon les bonnes convenances SONINKAAXU le pouvoir politique (chefferie traditionnelle voire plus). Il doit veiller sur le dispositif pour que le système perdure le plus longtemps possible. L'imaginaire sociologique et collectif de ce groupe veut et conditionne qu'il soit le meilleur dans bien des choses en tout lieu par rapport aux autres. Ils peuvent être identifiés par des noms de famille en fonction des espaces géographiques. A ce groupe, on peut assimiler les MANGOU qui jouent des rôles d'intermédiaire

spécifiques. Des nos jours, certaines familles issues de ce groupe s'enorgueillissent d'avoir des esclaves inconditionnels. Certaines personnes se considèrent comme les seules légitimes à occuper certaines positions honorifiques dans le milieu soninké.

  • LES MODINI ( marabouts religieux)

Ce groupe tient un double rôle consistant à cautionner religieusement le bien fondé du système et ses travers et de bénéficier d'avantages par son statut. Le déterminisme par naissance cité plus haut veut qu'un individu de ce groupe soit l'instruit en sciences religieuses et le seul légitime quelque soit son niveau d'études à diriger certaines cérémonies religieuses ou autres.

Anciennement les MODINI initient les membres de tous les groupes à l'instruction basique et élémentaire du savoir-faire (prières et autres) de l'islam. Par leur compréhension plus que discutable des principes juridiques de l'islam, ce clergé ethnique n'hésite pas à transposer la fierté-SONINKAAXU (les coutumes ancestrales soninké) sur les préceptes de l'islam en adaptant ces derniers.

  • LES NIAXAMALANI (griots, forgerons et autres)

Composé de plusieurs sous-groupe, ce groupe est sensé détenir la mémoire collective. Ces gens peuvent être des médiateurs sociaux efficaces pour régler les conflits à divers niveaux de la société , mais ils jouent aussi par leur statut un rôle complice pour le maintien du système.

Ils estiment que toute ouverture à cette stratification sociale en place serait une régression par rapport au passé soi-disant glorieux de SONINKAAXU. Leur versant moderne se voit par le fait de vanter les fortunes de riches des différents groupes par rapport à leurs alter ego moins généreux.

Ce groupe est solidaire dans bien des cas avec les deux premiers groupes ( Horo et Modini).

  • LES KOMO ( anciens esclaves et reconnus comme tels dans SONINKAAXU)

Leur statut d'esclaves n'a aucune source islamique valable dans l'histoire ancienne comme récente des soninkos. Ils sont majoritaires presque dans toute entité de groupement soninké.

Anciennement possédés par les HORO, les MODINI et certains NIAXAMALANI à travers une exploitation esclavagiste, ces personnes sont les véritables victimes des clichés de la fierté-SONINKAAXU d'aujourd'hui.

Le système est conçu contre eux et sur eux, et dans l'imaginaire collectif selon les bonnes convenances soninké, toute promotion dans tous les domaines serait illégitime pour eux. Ils sont bien vus par les autres, s'ils acceptent d'être d'éternels subalternes prédisposés à certains comportements peu enviables (danses, langages vulgaires et autres). Des nos jours l'exploitation esclavagiste n'existe pas dans les faits mais par des séquelles tenaces, les KOMO sont liés très souvent à des familles d'anciens maitres qui semblent entretenir leur fierté d'antan.

Les KOMO se sont émancipés économiquement et intellectuellement dans le monde moderne devenu un gros village, mais le système Fierté-SONINKAAXU continue d'exercer une influence négative rappelant leur passé et leur statut d'inférieur. En effet cela est marqué par les relations coutumières appelées LAADALAMAXU qui organisent tous les rapports sociaux et politiques dans

le milieu soninké.

Toutes pensées et réflexions qui osent mettre en question ce dispositif vicieux sont taxées de malveillantes à l'endroit de SONINKAAXU. À ce groupe KOMO, on peut rajouter un sous-groupe appelé DIONKOUROUNKO, et les personnes de ce sous-groupe se sentent supérieurs aux KOMO anciens esclaves qui cultivaient pour les familles féodales. Certains membres du groupe sont marqués psychologiquement et n'osent même pas réfléchir sur le système qui les déprécie tant dans leur dignité humaine.

Après ce court descriptif qui résume à notre sens l'exercice concret de la Fierté-SONINKAAXU à travers les groupes composants, nous nous poserons les questions suivantes :

Comment peut-on promouvoir ce système SONINKAAXU décrit qui sélectionne les honneurs, les fiertés et les dignités de ses membres qui sont tous musulmans... ?????

En toute sincérité, l'homme soninké s'accrochant à cette stratification sociale peut-il être humainement accompli et ouvert dans ce monde du 21ème siècle... ???

Quel sens donnons-nous aux termes Alliés, Solidaires, et Fraternels, si le mariage censé tisser et brasser les peuples du monde dans la paix est proscrit entre nos différents groupes d'une même ethnie... ????

Des nos jours, les initiatives par tout type d'associations sont nombreuses dans SONINKARA en tout lieu pour la promotion de la culture soninké. Le constat est que les actes réformateurs courageux sont rares pour revoir les rapports entre les différents groupes. On peut même assister à une réaffirmation de cette stratification sociale par certains cercles qui voient par là le socle de l'identité SONINKAAXU. Dans cette optique, promouvoir c'est faire comprendre aux membres de chaque groupe qu'ils doivent entretenir leurs statuts et le faire hériter à leurs descendances.

Par une approche contraire, nous définissons « promouvoir  SONINKAAXU » par tenir un discours de vérité à nous mêmes pour construire des bases saines et justes sur lesquelles émergera un nouveau type de « soninké ». Ce nouveau soninké doit se libérer de toutes les convenances hypocrites et mensongères qui fixent le passé accidentel d'un individu stigmatisé à vie par générations.

Le passé d'un individu ou d'un peuple ne s'efface pas, mais il se discute et se critique pour reformer son présent afin d'espérer parfaire son futur.

Promouvoir le SONINKAAXU en 2013, c'est revivifier la langue soninké, dénoncer les fiertés mal placées basées sur le déterminisme par naissance des uns par rapport aux autres et enfin travailler les mentalités des masses pour l'abandon des raccourcis langagiers qui portent atteinte aux dignités et blessent les consciences de certains parmi nous. Faire en sorte que l'identité soninké puisse épouser la dignité de l'espèce humaine et la fraternité de la communauté musulmane. Notre prophète MUHAMMAD (paix et salut sur lui) a dit :  « le musulman est le frère du musulman, il ne doit pas le tromper ni le trahir. Tout ce qui appartient au musulman est sacré pour le musulman : son honneur, ses biens et son sang. La crainte d'ALLAH se trouve ici (il dit ceci en indiquant son cœur). Le seul fait de mépriser son frère musulman suffit pour que la personne sombre dans le mal ».

Ô chers soninko, ce hadith de notre bien aimé paix et salut sur lui peut nous être très instructif pour revoir la qualité d'être MUSULMAN chez nous.

La mixité par le mariage est-ce possible dans soninkaaxu... ???

Par nos convenances coutumières, les castes sociales ne se valent pas, et le mariage source d'alliance, de mélange et de brassage des peuples est proscrit entre certains groupes et d'autres.

Nous allons axer notre travail sur le mariage pouvant concerner un individu soi-disant de lignée noble et un autre issu des anciens esclaves.

Le mariage, un acte humainement, civilement et religieusement honorable et recommandé est instrumentalisé par la fierté-SONINKAAXU pour sauvegarder la discutable noblesse des familles féodales par rapport aux anciens esclaves. Le pire qui puisse arriver aux gens féodaux, c'est qu'un de leurs se lie par le mariage avec un ancien esclave. Les rapports extraconjugaux déshonorants humainement et interdits(HARAM) par islam sont préférables et même tolérables dans l'hypocrisie qu'un éventuel mariage légal sur tous les domaines(civiques et religieux) .

On s'autorise le blâmable indigne et par grandeur imaginaire mal placée, on s'interdit l'honorable, le franc, et le juste. Face à cette situation contradictoire née d'un orgueil aveugle, nos religieux sont rares à dénoncer cette fuite en avant, par des avis clairs et tranchants qui choquent.

Et nous nous referons au hadith prophétique suivant d'après Abu Hurayra( Qu'ALLAH l'agrée),le messager d'ALLAH( paix et salut sur lui) a dit :  «  lorsque se présente à vous pour une demande de mariage, celui dont vous êtes satisfaits en ce qui concerne sa religion et son comportement moral, mariez-le ! Si vous ne le faites pas, cela engendrera le désordre sur terre et une large corruption. »

Pour beaucoup d'entre nos religieux coutumiers, sans analyser les sources de l'esclavage dont il est question en islam, ils héritent et transposent passivement les traditions esclavagistes des arabes, sur leurs semblables de race, de religion et d'ethnie. Certaines jurisprudences conçues par des penseurs arabes, codifient l'esclavage en l'islamisant même, mais par hasard il ne s'applique qu'aux autres peuples non-arabes mêmes musulmans.

Le marabout du Guidimaxa qui légifère sur ses frères taxés d'anciens esclaves ou d'esclaves serait considéré comme un esclave dans l'imaginaire collectif du monde arabe musulman. Dans ce cas, la logique veut que nos penseurs, nos savants et nos étudiants en sciences religieuses reconsidèrent leurs positions de suiveurs passifs de certaines doctrines disant islamiques mais plus que traditions arabes qu'autre chose.

Nous constatons un espoir inattendu qui émerge au sein des communautés musulmanes en Europe ; il est plus fréquent de rencontrer un couple mixte « négro-africain et arabe » en région parisienne que dans toute la Mauritanie. Ces jeunes musulmans nés en occident ont compris que l'islam a une philosophie de l'Homme qui ne hiérarchise pas les peuples en fonction d'une prétendue supériorité filiale mais sauf le degré de foi compte en islam.

Dans un autre registre moins rassurant, nous remarquons dans certains forums sur les réseaux sociaux( facebook) où d'autres jeunes soninké cherchant un futur conjoint mettent en avant leur caste sociale parmi les critères de choix au sein de la communauté. On voit par là que la transmission de cette stratification sociale fonctionne au sein des familles soninké en occident mais en même temps on assiste à des déchirures familiales pour les jeunes qui enfreindraient à la règle.

Paradoxalement , cette donnée caste sociale qui freine et pose problème à la mixité intra-communautaire par le mariage, devient moins problématique pour la famille quand il s'agit d'un projet de couple avec un étranger à la communauté. Dans ce dernier cas, les familles s'intéressent à la religion de la personne étrangère( Musulmane ou pas), ses origines sociales ne sont pas scrutées.

On comprend pourquoi le système des castes est un vice assumé dans la société soninké qui ne tiendra pas dans le futur.

Le drôle d'affranchissement

Dans le milieu soninké, le statut islamisé d'esclave existe se basant sur certaines jurisprudences héritées des arabes. Les tenants acharnés du système des castes ont instrumentalisé ces jurisprudences controversées sur l'esclavage, pour donner un caractère légal à leurs actes.

Par exemple des nos jours, une femme de caste KOMO qui perd son époux ne doit observer que la moitié de la durée légale de deuil pour une femme libre. Certains de nos religieux semblent cautionner ces faits et cela légitime plus le système en place. Il est à noter quelques exceptions ; Mr MADIAKHO TANDJIGORA du Sénégal, un cheikh penseur soninké s'est engagé depuis plusieurs années dans un travail de déconstruction par des écrits, des supports audio-visuels dénonçant et contestant le bien-fondé de l'esclavage et ses travers au nom de l'islam.

On constate dans cette logique légaliste sur la base de l'islam, des cas d'affranchissement des esclaves et avec la complicité mesquine et ridicule des certaines personnes issues de la caste KOMO. Ces personnes qui se laissent faire dans cette procédure d'affranchissement, s'humilient plus davantage en se croyant supérieures à leurs frères de sang. Pire encore, elles n'ont aucune chance de se marier avec les membres de la caste HORO, ni d'atteindre un quelconque statut honorifique.

Que pouvons-nous faire pour déconstruire à la racine ce système des castes dans lequel les différentes castes ne se valent pas ???

On est tous victimes dans un sens ou l'autre. Les tenants obsédés du maintien risquent de tomber dans l'orgueil primaire lié à une soi-disant lignée élue à préserver et en contradiction avec la morale et la fraternité musulmanes. Il est connu qu'en Islam, le frère de religion prévaut sur le frère de sang de culte différent. Le conseil salutaire pour ces gens est tout simplement ; si l'on devenait musulman en prévalant dignement sa qualité de musulman sur celle d'un statut coutumier obsolète. Le musulman ne déshonore pas ses semblables, ne stigmatise pas ses proches et n'humilie pas ses frères en religion sur des bases peu avouables.

Les gens qui subissent les injustices du système doivent revoir leurs comportements qui suscitent les stigmatisations et les mépris à leur égard. Ils doivent apprendre, chercher et parler librement sans tabous sur le mal que constitue cette stratification sociale pour eux. Il leur faut défier certaines convenances coutumières ( LADALAMAXU) qui perpétuent le système dans une version paisible à l'apparence mais vicieuse au fond en liant différentes familles. Ces attaches qui lient des familles de caste HORO et d'autres de caste KOMO pourraient être fraternelles et enrichissantes par des possibles mariages dans la dignité humaine et musulmane.

Nous faisons un appel pressant à nos instruits et intellectuels dans toutes les disciplines (religieux et autres) pour des prises de positions courageuses et libérées de toutes les convenances du milieu originel. Ils doivent sortir des contradictions intellectuelles dans leurs réflexions ouvertes au monde d'aujourd'hui, le combat pour la dignité et l'honneur de l'homme il n'y peut avoir de zones intouchables.

A une échelle étatique, voire mondiale, on se verrait victime du racisme de la part d'autres peuples, mais en même temps on oublie que sa propre caste sociale stigmatise et déshonore d'autres castes sociales dans le même groupe ethnique.

Le relativisme n'est pas admis dans les luttes contre les injustices touchant l'essence de l'Homme, il nous est demandé un engagement sérieux et juste quelque soit l'échelle dans laquelle nous évoluons ; dans notre monde, dans notre pays, dans notre ville, dans notre village et même dans notre famille.

Une ouverture en droit aux chefferies traditionnelles doit être envisagée en sortant d'une exclusivité à une seule caste, des nos jours il est inadmissible qu'une personne plus âgée dans notre milieu soit illégitime à la chefferie à cause de sa caste sociale quelconque. Les jeunes issus de la caste HORO doivent avoir le recul et le discernement nécessaires pour admettre qu'une personne de même âge que leurs parents se doit d'avoir les mêmes honneurs et considérations selon les normes nobles de notre culte islamique qui est juste par essence.

Comment peut-on s'estimer honoré quand le vieux de 60 ans doit se déplacer vers toi, jeune de 40 ans pour la gestion des affaires communautaires.. ???

Nous devons mettre en avant les compétences des personnes sans disqualification par statut social dans la gestion de toutes nos affaires (religieuses et autres), par exemple on devrait être Imam par savoir-faire reconnu et non par héritage dû d'office.

Nos frères se reconnaissant dans la caste NIAXAMALA doivent revoir leur rôle dans la société en mettant en avant la vérité sur notre passé avec critique constructive et en abandonnant les fables légendaires qui ne tiennent pas. Ils doivent œuvrer pour une réconciliation digne et responsable basée sur des principes islamiques et des valeurs humaines qui ne sélectionnent pas les dignités par caste.

Une contribution positive sera demandée à nos artistes dans leurs productions, pour inciter et encourager cette nouvelle donne qui nous grandira en tant que peuple du 21ème siècle.

Nous devons saluer des initiatives courageuses, comme le cas d'un journaliste soninké Camara Seydi Moussa qui est connu pour l'engagement progressiste de sa plume. Ce natif de Dafort dans le Guidimaxaa mauritanien est le responsable du journal La Nouvelle Expressionà Nouakchott. Il est un observateur avisé des mouvements abolitionnistes mauritaniens dont l'IRA(Initiative pour laRésurgence Abolitionniste) de Biram Dah Abeid qui a inspiré le récentréveilde l'engagement anti-esclavagiste en Mauritanie depuis 2008. Monsieur Camara Seydi Moussa a marqué son auditoire à l'occasion d'une conférence à Massy(Région parisienne) le 30 Mars 2013 en dénonçant les stigmatisations dont sont victimes les anciens esclaves négro-mauritaniens de nos jours.

Il a illustré par le cas soninké qu'il connait bien par une prise de position inédite en la matière dans le milieu soninké où souvent tout se fait et se sait mais rien ne se dit ouvertement.

Nous appelons toutes les personnes déterminées de rejoindre l'ARMEPES-France(Association de Ressortissants Mauritaniens pour l'Éradication des Pratiques de l'Esclavage et ses Séquelles) pour en finir avec ces tares du système chez nous avec méthode et intelligence et non par une approche accusatrice sur des individus particuliers. Elle est une association créée par les personnes issues de caste KOMO et ouverte à toutes et tous (voir www.mauritanie-egalite.org) dont le but est de conscientiser le monde négro-mauritanien voire négro-africain sur les séquelles esclavagistes qui persistent par les comportements et les mentalités. Des actions ont été réalisées depuis sa création, par exemple une conférence en 2011 animée par Cheikh Abdoulaye Traore de Tistayé du Guidimaxaa mauritanien, l'un des membres fondateurs de l'association. Objectif premier est d'évacuer le caractère tabou du sujet et de préparer les consciences et les mentalités à une nouvelle approche des termes comme Égalité, Justice, Honneur, Dignité et Fraternité entre les Hommes et en particulier entre les musulmans.

Il nous faudra cette synergie pour changer les mentalités et les comportements dans nos rapports respectifs en tous lieux. Par cette voie, nous sommes convaincus qu'un NOUVEAU SONINKE émergera et il serait plus humaniste et musulman au sens noble et moins coutumier et orgueilleux au sens sectaire.

OUI, OUI, OUI :

Soninkaaxu rime grandeur si

Notre faiblesse originelle a pris fin par l'ISLAM

l'Islam a pris place sur l'ignorance du Bida malheur

Bida malheur de Wagadu sans l'Islam

l'Islam libère l'homme de Wagadu des obscures douleurs

Des poches d'obscurité entachent Soninkaaxu de l'homme

L'homme soninké d'aujourd'hui se laisse gêner par les stigmates nocifs du Wagadu malheur

Alors l'Islam compris et appliqué soigne tout malheur chez l'homme

SONINKAAXU choisit enfin Islam bonheur.. !!!

Par koundou Soumaré, modestement.

Membre de l'Armepes-France